jeudi 3 mai 2018

"Boom" de Julien Dufresne-lamy

Chronique du site Encres Vagabondes


Voilà un très beau texte sur l’amitié, le chagrin et la culpabilité. Etienne et Timothée sont amis depuis trois ans. Pour Timothée, on peut dire « était ». Le titre et le bus anglais rouge de la couverture sont explicites. À Londres, sur le pont de Westminster, la voiture d’un terroriste fauche un groupe de lycéens. Timothée était parmi eux. 

Etienne reste seul, dévasté, rongé par la culpabilité. « Ta mort, c’est ma faute. Si j’avais agi comme il faut, tu serais encore là. » Pourquoi Timothée se trouvait sur ce pont et pas Etienne, c’est ce nous découvrirons peu à peu, au fil du monologue.

Tout en évoquant son état actuel, les médicaments, les cauchemars, l’envie de ne rien faire, les paroles de la psychologue, Etienne reprend leur histoire depuis le début, leur rencontre, trois ans plus tôt, et c’est la construction d’une belle amitié que ce roman raconte. « Trois ans de conneries, de fêtes, de filles à tomber […] Trois ans de confidences, de joie, de gueule de bois. Trois ans de gueule de joie, c’est ça. »


Leur rencontre, c’était à un cours de danse africaine auquel leurs mères se sont inscrites, où « les Parisiennes jouent les girafes. Elles s'imaginent là-bas, rescapées des bombes, nourricières dans la brousse. Elles oublient leurs fringues Agnès B., leur manucure et leur dégradé couleur à deux cents balles. » Il n’est jamais très tendre, Etienne, ni avec lui-même ni avec les autres. Il a souvent la dent dure, la révolte adolescente à fleur de peau. Mais avec Timothée, ce jour-là, « c’est le coup de foudre, pas vrai ? On peut le dire maintenant, nos conquêtes féminines ne nous en voudront pas. Ce jour-là dans la lande, c’est la foudre qui frappe. »

Pourtant, ils ont des tempéraments bien différents. Autant Etienne est excessif, provocateur et casse-cou, autant Timothée est calme, sportif et raisonnable. « Le week-end, je bois trop. Je picole jusqu'à la gorge pleine. On est plusieurs à boire comme des trous. […] On se met des mines pas possibles mais toi, tu ne finis jamais à l'envers. Tu es le type bien, sage, debout en toutes circonstances. Celui qui me prend par le bras quand je titube en vrac sur la chaussée » « Et tu ne m'engueules pas. Jamais un mot de trop avec toi. Pas de petite morale. Pas de 
leçon. »

Ils sont aussi opposés que complémentaires, et inséparables pendant trois ans, jusqu’à Londres. « Londres, c'est ton idée. Tu me baratines avec ce voyage. […] Tous les ans, les professeurs d'anglais organisent une virée rituelle dans la capitale anglaise. Ils choisissent un petit groupe trié sur le volet, de très bons élèves généralement. Pour notre dernière année au bahut, tu veux en être. » Ils ont tout fait pour en être, ils ont dû convaincre les parents et progresser en anglais, et ils en ont été. Mais l’un est revenu et pas l’autre…

C’est un texte très fort et très émouvant, alternant la joie et la colère, le bonheur des jours heureux et la tristesse du manque, où certaines pages se lisent les larmes aux yeux et d’autres le sourire aux lèvres. Décidément, Julien Dufresne-Lamy, dont on avait beaucoup aimé Mauvais joueurs (chroniqué ici), a beaucoup de talent pour mettre des mots sur les souffrances et les sentiments contrastés des adolescents. Un auteur à suivre, assurément.