mardi 30 janvier 2018

"Nightwork" de Vincent Mondiot

Chronique du blog La ronde des livres


MAIS QUEL LIVRE ! Je me trouve bien embêtée pour rédiger cette chronique : j'aimerai t'en dire beaucoup pour te donner l'envie de te jeter dessus, mais en même temps, je pense que le meilleur moyen d'être emporté•e par cette histoire est de ne rien en savoir. Compliqué, hein ?
Bon, je vais quand même te donner quelques éléments pour comprendre de quoi ça parle.

Alors, le narrateur de cette histoire c'est Patrick, 21 ans. Il a une sérieuse tendance à la digression - dès les premières pages il se perd en anecdotes sur son enfance et son adolescence. Par ses mots, tu découvres son lui de 14 ans, un gamin victime favorite d'une bande de collégiens, mais aussi de sa mère, paumée et alcoolique, qui vit dans une cité où son grand frère avait l'habitude de dealer avant de finir en prison. Bon, y a un peu de positif dans la vie pourrie de Patrick : sa meilleure amie Mégane et leur projet de créer un jeu vidéo qu'ils appellent Nightwork.

Notre Patrick de 21 ans ne fait que tourner autour du pot pour éviter d'aborder LE sujet, l' « élément perturbateur », ce qui a chamboulé sa vie entière ainsi que celle de son frère. Sans ces divagations, tu aurais une vision totalement différente de ces deux gars auxquels tu t'es attaché•e pendant un tiers du livre. Abdel, le grand frère d'une vingtaine d'années, joue à l'adulte sûr de lui alors qu'il est complètement dépassé par les événements. Patrick, qui est déjà empêtré dans son profond mal-être, se laisse porter par les décisions de son aîné, aveuglé par sa confiance fraternelle. Ils se laissent doucement entraîner dans une spirale infernale et tu assistes, impuissant•e, à leur chute.

Nightwork te jette à la figure la solitude désespérée de Patrick, ado sensible et influençable, qui préfère être le plus transparent possible pour éviter de souffrir davantage. Tu le sens piégé dans sa vie, dans sa ville, dans sa tête. Il ne mérite pas ce qui lui arrive - évidemment. Avoir ce narrateur qui prend du recul sur son passé est terrible, vu qu'il sait comment les événements se sont enchaînés. Tu ne peux pas t'empêcher de te dire que sa vie aurait été totalement différente s'il avait réagi plus tôt, s'il avait continué d'inventer son jeu avec Mégane, s'il s'était confié à elle... Tout ça te met vraiment mal.

Je n'avais pas ressenti aussi physiquement un livre depuis L'enfant nucléaire de Daph Nobody. C'est pas le genre de bouquin feel-good que tu lis les doigts de pieds en éventail en dégustant un smoothie fruité. C'est plutôt le genre de bouquin dans lequel tu fais des pauses et où tu vas prendre l'air, fébrile, pour dissiper la nausée qui te tord l'estomac.
Rien ne t'es épargné pendant ta lecture. Tu as droit à tous les détails les plus sordides de cet « élément perturbateur », ou même d'avant quand Patrick se fait battre à coup de poêle par sa mère bourrée. Ouais voilà, tu vas assister à des scènes de ce genre, donc si tu es sensible, ce bouquin n'est vraiment pas pour toi.

Angoissant, macabre, intense... beaucoup d'adjectifs peuvent décrire Nightwork. Vincent Mondiot réussit le pari fou de te raconter une histoire horrible, mais en étant toujours juste et sincère. Tu n'es pas forcé de t'apitoyer sur le sort des personnages, tu es au plus proche d'eux, témoin mais jamais juge de leurs actions. Et tu ne peux t'empêcher de penser pendant toute ta lecture à ce que tu aurais fait, toi, à leur place. Bravo.