lundi 13 novembre 2017

"Nightwork" de Vincent Mondiot

Chronique du blog Livres à profusion


A 14 ans, Patrick a pris la décision la plus difficile qu’il soit, on pourrait dire une décision d’adulte mais certains adolescents se comportent en adultes, même s’ils ont besoin d’aide, d’être écoutés et guidés. Pour Patrick, il n’a eu aucun des trois. Maintenant qu’il a 21 ans, il pourra peut-être, enfin, vivre sa vie et ne plus dépendre de qui que ce soit, même si en dépendant de quelqu’un qu’on aime, on peut être seul. C’est ce que Patrick développe dans ce roman. Tout ce qui est arrivé jusqu’à la prise de décision. Je ne dévoilerai rien car je vous laisse lire ce magnifique roman, destiné aux adolescents. Mais les adultes y trouveront leur compte. Cela a été mon cas. Je lis pas mal de livres destinés à un jeune public. Il y a de très bonnes choses comme de moins bonnes. Mais je dois avouer que je me suis laissée prendre par cette histoire. L’auteur arrive à faire passer de nombreux messages. Je me suis également interrogée sur un passage également mais tout a été su à la fin.

On dit souvent qu’entre amour et haine, il n’y a qu’un pas. Est-ce de cette vie de petit truand qu’il veut ? Patrick aspire à autre chose. Pourtant, il adore son frère aîné, Abdel. Patrick et Abdel sont demi-frères car ils n’ont pas le même père. Ils vivent avec leur mère, une ancienne infirmière, devenue alcoolique. Abdel sera pratiquement toujours là pour son petit frère, pour l’aider, même s’il a passé six mois en prison. Car Abdel fait du trafic dans sa cité. De petit délinquant, il semble être passé à truand. Seul Patrick a tenu sa promesse de garder le silence, après ce qui est arrivé. Il ne s’en est pas ouvert à sa meilleure amie. Mégane. Est-ce pour cela qu’il a sauté le pas ? Patrick est un jeune adolescent vraiment seul. Les deux garçons ont-ils aimé leur mère ? Je ne le pense pas. C’est pour cela que j’ai été surprise par la réaction d’Abdel, à la fin.

C’est donc Patrick qui prend la parole, qui écrit. Il tente de se rappeler ses cours de français pour écrire une dissertation. Soit, commencer par une introduction pour arriver à l’élément perturbateur. Mais Patrick a tellement à écrire qu’il s’autorise quelques digressions. Le lecteur sent que ce n’est pas facile pour lui. Il a peur du jugement des autres. Dans les faits tels qu’en eux-mêmes, il ne se donne pas d’excuses, il a suivi le mouvement. Il n’a pas tenté de donner son propre avis. Mais il a expérimenté lui-même, en très peu de jours, que cela ne pourrait pas se dérouler comme il faut car ils étaient trop jeunes. Alors oui, il y a eu la peur d’être abandonné mais il est seul depuis tellement de temps avec une mère dont la présence est quasi inexistante. J’ai eu l’impression que Patrick ne cherchait pas l’apitoiement sur lui-même, sur ce qui s’est passé. Comme il le dit si bien d’autres que lui ont vécu des rejets à l’école, des coups, mais il est le seul à avoir vécu ce qui s’est passé ensuite. J’ai beaucoup aimé cette construction, ces tâtonnements d’adolescent lorsqu’il raconte. Il l’explique bien. Il ne sait pas si des faits se sont réellement passés ou pas, si c’était la bonne époque. Patrick l’explique bien. Chacun a sa propre interprétation, ses propres souvenirs. Alors, oui, il avoue cette solitude, mais au moment de son récit, sa solitude est encore plus grande car il ne peut rien partager. Cet écrit est peut-être un exécutoire, une façon d’en finir, une sorte de thérapie, même s’il n’oubliera jamais. Cela peut lui permettre de se reconstruire et d’aller de l’avant.

Dans ce roman, il y a toujours son jeu en filigrane, celui qu’il rêve de commercialiser. Il lui donne des scénarii, des atmophères. Mais il y a aussi tous les jeux sur consoles auxquels jouent pratiquement tous les adolescents. En parlant d’atmosphère, l’automne et le froid glacial qui arrivent se prêtent vraiment bien à ce roman, aux émotions ressenties par tous les protagonistes. Ce roman se lit très facilement, très rapidement pour un adulte. Le lecteur veut savoir vraiment ce qui est arrivé à Patrick, son cheminement de pensée. Il a maintenant 21 ans. Pourquoi le lecteur le jugera-t-il et en mal ? Personnellement, Vincent Mondiot a rendu Patrick très attachant, comme tous les personnages du roman, avec leurs forces et surtout leurs faiblesses.