mercredi 22 novembre 2017

"Nightwork" de Vincent Mondiot

Chronique du blog Songes d'une Walkyrie



Un roman pour adolescents qui remue et qui plaira autant au public visé qu’aux adultes. 0n y traite du harcèlement scolaire mais aussi de la maltraitance, de la drogue, des conditions de vie dans une citée, parquée en retrait des autres à cause d’origine ethnique plus ou moins métissée et de la mort. Des sujets durs et sensibles. Le roman est sombre, prenant, addictif et franchement bien écrit.

On suit ce gamin de quatorze ans, freluquet, Patrick, un prénom rétro pour un gamin pris en grippe par les autres. Il a un grand frère Abdel, un petit voyou de quartier sur qui il peut compter, pas bien méchant, juste un contexte social qui n’a pas favorisé une insertion plus « académique », une mère au chômage, ancienne infirmière sombrant dans l’alcoolisme et la surconsommation de médicaments, éprise de crises de nerfs mais aussi de violence et surtout une meilleure amie, Mégane. Une adolescente en surpoids d’origine cambodgienne qui va apporter une lueur de bonheur à l’adolescent. Fan de jeux vidéos, Patrick s’évade dans cet univers virtuel en compagnie de son frère ou de Mégane et dont il rêve un jour d’en concevoir un jeu, Nightwork.

Chaque jour Patrick subit et à chaque page on angoisse. C’est lancinant, intrusif, dérangeant et révoltant. Des comportements qui dépassent l’entendement, des actions qui peuvent choquer, un amour fraternel fort qui va malheureusement dégénérer, tout cela marque et amène à se poser des questions sur la notion de parentalité, sur le mal être adolescent, sur le conditionnement social, sur le « parquage » des uns et des autres, sur la violence, sur le trafic de drogue, la prison aussi. Sur tous ces travers qui affectent certains adolescents, une période difficile à gérer pour la plupart car ils ne sont pas tous nés avec une cuillère en argent dans la bouche.

On ne peut pas dire que l’adolescent soit aidé, Patrick est un adolescent gringalet, sensible et qui n’a certainement pas demandé et encore moins mérité ce qui lui arrive. C’est un enfant chétif qui tente chaque jour de survivre dans un monde qui lui est hostile. J’ai aimé cet adolescent, son innocence, sa passion pour les jeux vidéo, sa relation amicale avec Mégane, très adolescente justement, faite de rire, de simplicité et d’échange en ligne entre deux quêtes ou combats, ses questionnements sur sa vie, sa famille. C’est un adolescent intelligent qui est juste très influençable. Et quand le dérapage arrive, il perd complètement pied, sombrant peu à peu dans une solitude difficile à supporter, pourtant on s’y attache inévitablement.

Autour de lui gravitent des personnages secondaires indispensables et qui ont un vif intérêt dans ce roman. Ce sont des personnages clés pour le héros, qui apportent des auras émotionnels intenses, l’amour fraternel pour Abdel, ce frère plus âgé protecteur mais complètement irresponsable, l’amour maternel pour sa mère, absente, dépressive, nuisible pour son fils, un personnage qui met très en colère, l’amitié pour Mégane, un personnage original et plus solaire qui amuse avec son bonnet panda et qui noue une relation presque fraternel avec le héro, elle apporte clairement une certaine stabilité, un point de repère pour Patrick.

A travers son regard adulte, Patrick le narrateur a vingt et un an, il nous raconte sa véritable histoire, celle de son frère, celle de sa mère et celle de sa meilleure amie Mégane. Une histoire tragique. Il raconte comment un jour tout à déraper, comment sa vie déjà difficile s’est achevée de sombrer. On sent que c’est fébrile, qu’il s’interroge sur le regard d’autrui sur son histoire, qu’il ne se cherche pas d’excuse, qu’il accepte parfaitement ses actes et qu’il y voit surtout un exutoire, une possibilité de pouvoir enfin se reconstruire et vivre sa propre vie, indépendant et libre.

En bref, un roman fort et intense qui touche profondément à différents thèmes sensibles aux adolescents et qui va même beaucoup plus loin. Une lecture addictive qui vous laisse une vague trace d’angoisse après sa lecture. Étonnamment, en tournant les dernières pages, je n’ai pensé qu’à cet oiseau sauvé par deux demi-frères adolescents et encore innocents, cette notion d’espoir. Une très belle lecture.