mardi 9 mai 2017

"Ma vie de (grand et parfait) génie incompris" de Stacey Maison

Chronique du blog Takalirsa


Journal intime, roman humoristique : ce livre hors du commun (traduit par Gilles Abier) est un peu les deux à la fois et en même temps pas tout à fait l'un ni l'autre ! Constitué d'échanges de mails, d'un carnet de lectures qui se transforme en cahier de confidences, d'articles écrits pour le journal du collège et de rédactions pour le cours de français, il nous livre un portrait original du jeune héros, à la fois drôle et touchant. 

Arthur est un garçon atypique. Prévoyant de devenir "un auteur de renommée internationale", il adore écrire. Et aussi... tricoter ! Il est par ailleurs doté d'un humour décapant qui déstabilise souvent son entourage, adultes comme camarades. Ainsi, en décalage avec les autres, il semble assez solitaire : "Si je te raconte ça, carnet de lecture, c'est que je n'ai personne d'autre à qui parler". Son ego surdimensionné y est aussi sûrement pour quelque chose. 

Cependant humour et assurance cachent en réalité une certaine détresse. Entre le décès récent de sa mère ("Je pense encore à elle tous les jours"), la dépression de son père ("Nos tristesses sont si différentes l'une de l'autre qu'on n'arrive pas à les partager"), son manque d'inspiration (qu'il n'ose pas avouer) pour le concours de nouvelles sensé marquer le début de sa célébrité, son incapacité à déclarer sa flamme à la jolie Kennedy et ses altercations répétées (à la limite du harcèlement) avec Robbie, le pauvre Artie semble dépassé. Surtout que "je ne sais pas comment parler de ça" et que l'adolescent s'enferme dans une impasse. D'ailleurs au bout d'un moment l'intrigue, répétitive, tourne en rond, malgré la créativité et le "piquant" des écrits d'Arthur qui s'y défoule de manière presque insolente, devenant même agaçant. 

"Ne pas laisser nos émotions interférer dans notre travail", "trouve la poésie dans l'émotion de tous les jours", "aie confiance" : Mme Whitehead la prof de français coache à merveille son petit protégé, entre encouragements et serrage de bretelles. Au contact de Robbie (partenaire de travail imposé), Arthur apprend à nuancer son jugement sur les autres : non seulement son camarade connaît aussi une situation familiale compliquée ("Tu penses qu'il n'y a que toi qui vis des trucs durs"), mais il cache une grande imagination derrière son orthographe déplorable ("J'aime bien ses idées"), apprenant au passage avec lui "la force de l'humilité". Quant au club théâtre, il l'aide à "travailler les émotions à exprimer". 

Au final, sans se départir de son caractère créatif et non conformiste, Arthur cherchera à s'excuser de certains de ses actes, les justifiant en toute humilité. Mais c'est pour mieux repartir de plus belle, car il existe une suite à ses déboires ce qui, selon ses propres mots, est "à la fois une chance et une malédiction" !