mardi 21 mars 2017

"Y a pas de héros dans ma famille" de Jo Witek

Chronique du blog Une berge à l'autre


« Un héros n’est pas forcément quelqu’un qui a une médaille, un trophée ou une cape de Zorro. »

Maurice Dambek et Mo sont une seule et même personne. Le premier est le nom officiel de l’élève studieux et poli apprécié par sa maîtresse de CM2, Mme Rubiella. Le second est un surnom, celui utilisé par sa famille pour qualifier le petit dernier de la fratrie. A l’école, « on se tient bien, on parle comme dans les livres, on entend les mouches voler ». A la maison (ou plutôt dans le minuscule appartement où l'on s'entasse à six, plus les deux chiens), « ça parle fort, ça hurle, du dedans et du dehors, ça dit des gros mots ». Loin de sombrer dans la schizophrénie, Maurice s’est habitué à ses deux identités, il a construit des barrières infranchissables entre ses deux mondes et il lui parait naturel de passer « deux fois par jour et cinq jours par semaine » la frontière d’un pays à l’autre.

Mais quand Mo se rend chez son ami Hippolyte et voit sur le mur les photographies de ses ancêtres (un grand chirurgien humanitaire, un prix Nobel de physique, un acteur célèbre, etc.), il a soudainement honte de sa propre famille et commence à s'en éloigner. Parce que chez lui, il en est certain, il n’y pas de héros mais que des zéros.

Un roman pétillant et un narrateur plein de gouaille à la naïveté touchante. Jo Witek a pris le temps de donner corps à sa famille de bras cassés (mère au foyer, père au chômage, frères flirtant avec la délinquance et sœur fashion victim), ne laissant personne dans la superficialité, offrant au contraire à chacun une densité, une épaisseur qui le rend attachant. C’est vivant, drôle et rythmé, les dialogues claquent sans langue de bois, les interactions fonctionnent comme une mécanique bien huilée et rien ne sonne faux. Un texte positif et plein d’humanité, je me suis régalé.