vendredi 15 septembre 2017

"Naissance des cœurs de pierre" d'Antoine Dole

Chronique du blog Méli-Mélo de livres


Antoine Dole revient avec un roman bouleversant au titre absolument parfait.

Deux destins : Jeb, 12 ans, s'apprête à entrer dans le Programme de la Communauté. Une injection et il en aura fini avec le tourbillon de ses émotions. Dis comme ça, ça paraît très simple. Mais ça ne l'est pas. Car il y a sa mère, Niline, dont il cherche à tout prix à se faire aimer. Et qu'il veut sauver. Mais peut-on sauver quelqu'un malgré lui ? 

Il y a aussi Aude, jeune fille de 15 ans , qui entre en seconde dans un lycée réputé sous la pression parentale. Harcèlement, moqueries, déni de soi sont son quotidien, elle domine ses émotions du mieux qu'elle peut, les lisse au-dedans d'elle. Mathieu entre dans sa vie. Le surveillant. Premier amour souillé, piétiné, la manipulation commence. Et l'absence de soi. 




Lequel des deux mondes est le plus cruel ? Difficile de trancher. Et pourtant....

Jeb et Aude : la volonté de l'un annihilée par la passivité de l'autre... 

J'avoue avoir vite deviné le lien entre les deux destins. Mais ce qui m'aurait dérangée dans une autre lecture sans doute ( je me connais : c'est toujours le risque avec les lecteurs compulsifs de ne plus être surpris, voire blasés) là, non, cela a renforcé mon acuité émotionnelle, m'a repoussé dans les dernières limites de ma réflexion personnelle face à ce que pose l'auteur là, dans ces lignes, à fleur de peau : au cœur de la place de nos émotions ou plus précisément cette question posée : jusqu'où les accueillir pour ne pas se perdre de vue ? Ce qui touche là profondément à l'humain intime.

Par contre, cette fin, je la refuse ! Elle a provoqué en moi une telle révolte, mais sans doute est-ce l'effet voulu ? 

Une réflexion très aboutie dans ce roman qui ébranle au plus profond. Oui les cœurs de pierre sont parmi nous. Et pas là où on les attend....

lundi 11 septembre 2017

"Une petite voix" de Patrick Olivier Meyer

Chronique du blog Entre les pages



Jérémy n’est pas un petit garçon comme les autres. Il est de ceux qui ne rentrent pas dans le moule. Conclusion, il est plutôt solitaire et ce qui le touche lui est du n’importe quoi pour les autres. Incompréhension et mésentente sont malheureusement souvent au programme de ses journées. Il faut ajouter à cela que son père travaille beaucoup, que sa mère l’emmène chez tous les médecins qu’elle trouve pour mettre un nom sur son « problème », que sa sœur est en pleine crise d’adolescence et que son grand frère, son complice, est parti pour ses études. Alors, parce que Jérémy ne trouve pas sa place dans le monde formaté dans lequel il vit, il s’invente une amie, April March, qui, elle, mène l’existence dont il rêve. 

En effet, April s’enfuit du pensionnat anglais dans lequel elle vit, voyage à travers son pays pour fuir ceux qui la recherchent, rencontre des gens, ne sait pas où elle sera le lendemain. Elle est complètement en dehors de la boîte dans laquelle elle est censée se faire une vie et est un refuge où Jérémy la rejoint régulièrement et de plus en plus intensément. Une petite voix est le premier roman pour la jeunesse de Patrick Olivier Meyer. Dans celui-ci, les chapitres alternent entre le quotidien de Jérémy et celui qu’il invente à April March, son printemps, sa renaissance. L’écriture est belle mais surtout subtile. Elle réussit à dire beaucoup de choses, à montrer clairement la personnalité et la douleur d’un enfant qui ne peuvent être saisies par la société et ses membres telle qu’ils sont aujourd’hui. Cet ouvrage est aussi un joli hommage à la force de chacun pour rester soi-même. La lecture est donc agréable, pertinente et forte.

lundi 4 septembre 2017

"Naissance des cœurs de pierre" d'Antoine Dole

Chronique du blog Bob & Jean-Michel


Difficile de vous parler de ce roman sans en révéler trop (surtout quand l’éditeur le fait déjà un peu dans son résumé, hum hum.) ! Car Naissance des cœurs de pierre se découvre au fil des pages, piquant notre curiosité avec ces deux histoire que tout oppose. Le récit de Jeb nous emmène en effet sur les rivages du genre dystopique. Une société où les émotions sont réprimées – très sévèrement – et où parents et enfants n’ont d’autres liens que celui du sang. Et Jeb se rend bien compte que tout l’amour qu’il porte à Niline, sa mère, ne lui est pas retourné. Pire, il lui est interdit, haï. Alors, à l’âge de 12 ans, comme tous les autres enfants, il rencontre le préparateur qui décidera si, oui ou non, il est apte à rester dans la Communauté. S’il n’est pas capable de montrer un cœur de pierre, alors il disparaîtra, comme d’autres avant lui. En parallèle, on suit donc Aude, 15 ans, qui fait sa rentrée dans un nouveau lycée et dont les parents exercent une pression constante sur elle, lui traçant son avenir sans son avis. Elle ne parvient pas à s’y faire d’amis et finit par se rapprocher de Mathieu, le surveillant qui plaît à toutes les filles et qui lui témoigne l’attention qu’elle recherche…


Deux histoires au premier abord différentes, sans liens apparents, qui résonnent pourtant l’une avec l’autre. Car Antoine Dole nous parle de l’enfance et de l’adolescence brisée, de la violence des parents et de la société sur la jeunesse. Les mots sont durs, les émotions intenses, violentes, dans un monde ou une famille où elles sont considérées comme inutiles, comme une faiblesse. Deux destins déchirés, déchirants, qui laissent un goût étrange, entre espoir et amertume, à toute cette cruauté. Et pourtant, il s’agit d’un hymne à la liberté de ressentir, à ne pas céder au renoncement, à exprimer ses émotions. Un roman fort dont l’intensité nous tient en haleine jusqu’à la dernière page et cette dernière scène à briser les cœurs de pierre. A découvrir !

"Naissance des cœurs de pierre" d'Antoine Dole

Chronique du blog a touch of blue... Marine


Surprise dans ma boite aux lettres : un nouveau roman ado paru chez Actes Sud Junior. Et quelle surprise ! Ce petit roman dystopique m’a étonné et j’en ressort grandie. En pleine réflexion sur notre monde. Sur les êtres que nous devenons et que nous enfantons. Notre monde est-il le berceau des cœurs de pierre ? Avons-nous encore une âme et des émotions qui servent à servir le bon et le juste ? Ou courrons-nous à notre propre perte ?

J’ai compté de nombreuses sources d’imagination populaire dans ce livre. Peut-être l’auteur a-t-il pensé à ces mêmes histoires lors de la rédaction. Peut-être est-ce moi qui ai inconsciemment fait des comparaisons avec des romans lus dans le passé. Il n’empêche que « Naissance des cœurs de pierre » m’a fait pensé à Divergente, La sublime communauté (à paraître chez Actes Sud Junior également) mais aussi à la servante écarlate de Margaret Atwood ou la série « Promise » d’Ally Condie. Bref, l’auteur n’est pas le seul à avoir attaqué le sujet. Un sujet qui fait rage pour le moment au vu des conditions dans lesquelles les humains vivent et survivent au quotidien.

La pauvreté, le désespoir, les guerres qui n’en finissent pas, l’appauvrissement des ressources naturelles… j’extrapole un peu et sort du sujet du livre mais pour moi, c’est ce que toutes ces histoires ont en commun. Une envie d’écrire et de décrire un monde qui pourrait être meilleur ou d’imaginer le futur possible vers lequel l’humanité se dirige si elle continue à vivre et à détruire comme elle le fait aujourd’hui. Un sujet qui mérite réflexion et que j’adore voir vivre en littérature de cette manière-ci. Chaque auteur à son point de vue sur la question et nous fait découvrir sa propre approche de ce « futur », ce « Nouveau Monde » dans lequel nous pourrions bien un jour vivre.

Dans son récit, Antoine Dole nous invite à suivre le destin de trois personnages. Jeb et Nihile, lié par les liens du sang. Une mère et son fils qui vivre dans ce Nouveau Monde où les émotions sont interdites… où les émotions n’existent plus pour que le monde vive en harmonie. La troisième protagoniste, Aude, est une jeune fille qui débarque dans une nouvelle école. Perdue et seule, elle se lit d’amitié (voir plus !) avec un surveillant qui a dix ans de plus qu’elle. Une relation qui s’avoue vouée à l’échec d’avance mais qu’elle ne peut s’empêcher de poursuivre. Car elle ne peut nier son cœur plus longtemps.

Deux histoires qui partent sur des bases similaires tout en étant fort différente. Pourtant, ces histoires vont se rapprocher et soudainement vous allez tout comprendre. C’est à ce moment-là que j’ai dit « wow » à l’auteur. Chapeau bas pour avoir laissé planer le mystère et pour avoir porter le lecteur jusque là. Ensuite, tout n’est que révélation et on s’en prend plein la face.

Un roman jeunesse court mais excellent qui reprend tous les aspects d’un livre dystopique à thème. Une fin moralisatrice comme je les aime. Une fin qui a du sens et qui pousse le lecteur à réfléchir sur la vie, le monde, l’avenir. Un choc quand on arrive à la dernière page. Une gifle qui vaut vraiment la peine.

Seule déception, que l’histoire ne soit pas plus longue (moi qui adore les gros pavés !). On lit se livre très rapidement et bien qu’on soit heureux de découvrir cette fin, on regrette un peu que cet univers ne soit pas plus développé par l’auteur. Car il est bourré de potentiel !

vendredi 25 août 2017

"Une petite voix" de Patrick Oliver Meyer

Chronique du blog Les enfants à la page


Quand une petite voix intérieure guide la vie d’un enfant...

Jérémy n'est pas comme les enfants de son âge. Une seule chose l'intéresse : retrouver April March, la petite fille qui vit dans son esprit...

Une petit voix est le coup de cœur de cette fin d'été. Ce roman touchant raconte pourquoi Jérémy, 8 ans, se sent si seul. Il ne trouve sa place nulle part ni chez lui ni à l’école. Très imaginatif, il s’évade de son quotidien insipide grâce à April March, une petite fille qui vit en lui et dont il ne révèle l’existence à personne.

En parallèle, on retrouve donc le quotidien de cette aventurière intrépide qui a réussi à s'échapper de son pensionnat anglais. April comble les manques de Jérémy. Mais, petit à petit, le jeune garçon ne rêve plus que d'une chose : se rendre à Londres pour rejoindre April, la seule, selon lui, qui le comprend vraiment, son unique amie.

"Assis sur le muret, à son poste de contrôle, dans la cour de l'école, Jérémy observait le spectacle. Les uns dévalaient le toboggan, les autres jouaient avec une balle qui passerait inévitablement par-dessus le grillage. (...) Un jour, ils seraient tous morts, se dit Jérémy. Ombres en cavale. Disparus potentiels. Promis à l'oubli."

Le comportement de Jérémy suscite l’incompréhension et l’inquiétude de son entourage. Sa mère l'envoie chez un psy, son père, obnubilé par son travail, n'accorde que peu de temps à sa famille (un week-end à la campagne ne permet qu'un bref répit). Et Flore, sa sœur, en a marre que la vie de la famille ne tourne qu'autour de lui.

L'auteur réussit à merveille à partager les émotions de Jérémy. Ainsi, lorsque ses parents reçoivent à dîner, il n'a pas envie d'être parmi tout ce monde et de jouer avec les autres enfants. Lui, veut s'évader avec April... Mais, on ressent aussi le désarroi de la mère qui se retrouve à faire face à un comportement qu'elle ne comprend pas.

Et si dans une société formatée, rêver était une maladie ? On retrouve avec bonheur la plume élégante de Patrick Olivier Meyer. Cette fois, il s'adresse à de jeunes lecteurs et leur offre un personnage attachant. On plonge avec délectation dans cette histoire originale et on jalouse ce héros sensible à l'imagination foisonnante.


"Une petite voix" de Patrick Olivier Meyer

Chronique du blog Méli-mélo de livres


Jérémy, jeune garçon de 8 ans, se sent bien différent des autres : à son âge, il éprouve une grande solitude, se sent en permanence en décalage avec les autres, aussi bien en famille qu'à l'école. D'une sensibilité et d'une imagination qui le dépassent, il s'est inventé un personnage : April March. Tout le contraire de lui : elle est libre, déterminée, originale. Son existence reste secrète. Il rêve de la rejoindre afin d'échapper à cette existence sans goût.

Le roman est construit au début sur l'alternance des vies des deux personnages : le quotidien de Jérémy fait d'incompréhensions et de grande solitude et celle d'April, jeune orpheline qui fugue et vit des aventures incroyables dans toute l'Angleterre. Peu à peu, April disparaît au profit de la souffrance de Jérémy qui dépérit, étouffé par son imaginaire, incompris par son entourage familial.

A vrai dire, en commençant ce roman, je ne m'attendais pas à tant de tristesse. Je pensais trouver un roman dans la même veine que celui-ci.


C'est un roman qui serre le cœur tant le personnage perd tout appétit de vivre, avec un entourage incapable de comprendre ce qu'il vit à l'intérieur. En permanence, leurs dialogues sont des dialogues de sourds. Le lecteur se sent impuissant, lui qui a un peu plus les clés pour comprendre Jérémy (quoique...).

On oscille entre rêve et réalité, voire dans un état semi-comateux, qui finit par provoquer une sorte de malaise diffus, difficile à expliquer. Sans doute ce que ressent le jeune garçon. Et c'est vraiment inconfortable !

Un roman très fort sur la différence, sur comment trouver sa place quand on n'est pas comme les autres à l'intérieur, sur la force et le pouvoir des rêves, mais qui m'interroge tout de même sur le lectorat cible. Je ne sais pas si des lecteurs de 9 à 12 ans seront en capacité de saisir tous les enjeux soulevés par cette lecture : la construction n'est pas si aisée à suivre, le basculement de Jérémy est assez abrupt alors que la première moitié du roman plus légère, et la fin assez étrange quoique très belle.

Une lecture en demi-teinte donc qui m'interroge mais qui a le mérite de poser subtilement ces émotions décalées de l'enfance et qui trouvera écho chez tous les enfants hypersensibles et imaginatifs. Une clé de compréhension aussi sans doute pour les adultes qui les entourent. Je l'ai d'abord ressenti comme tel.

Il s'agit du premier roman jeunesse de l'auteur.